Numero 1 : Born in America – NEWS

Nicolas Sarkozy, à quelques mois de la présidentielle, encaisse revers sur revers dans les sondages. Selon celui de Harris Interactive pour Le Parisien-Aujourd’hui en France, 69% des électeurs déclarent ne pas lui faire confiance, chiffres qui ne sauraient qu’inquiéter un président candidat à sa propre succession. Il a donc s’agit pour le locataire de l’Elysée de retravailler son image. Moins présent sur la scène médiatique, il essaie de se défaire de son image d’omni-président et de gagner une stature d’homme d’Etat. Seulement, il ne peut prétendre être le président de la justice fiscale après l’instauration du bouclier en début de mandat. La réforme des retraites a été l’une de ses mesures les plus impopulaires. Les dérapages sécuritaires et les stigmatisations (envers les communautés roms et arabes) de Brice Hortefeux et de Claude Guéant scandalisent. Alors, Nicolas Sarkozy choisit de se tourner vers son action internationale, et de profiter de la présidence française du G8 et du G20 pour faire remonter sa côte de popularité et la rapprocher de celle de Hollande, pour l’instant favori de la présidentielle. Le G20 qui s’est déroulé à Cannes les 2 et 3 novembre derniers étaient l’occasion de montrer son importance dans la politique mondiale, sa stature d’homme politique international à la population française.
Seulement, le Premier Ministre Grec déclenche une tempête médiatico-politique lundi en offrant alors au peuple de se prononcer par référendum sur l’accord conclu lors du sommet européen de la semaine précédente (réduction de 50% de la dette du pays, et un contrôle plus important encore du budget grec par l’Union Européenne, la Banque Centrale Européenne, le FMI). Et là, c’est la stratégie politicienne de Nicolas Sarkozy qui se met à battre de l’aile: après avoir sauvé la Grèce de la faillite et évité un potentiel report des attaques des marchés contre un ou plusieurs autres pays européens ; après les réunions et les sommets européens et les visioconférences ; après les centaines de milliards prêtés à un pays taxé d’irresponsabilité, voilà que Georges Papandréou décide de donner le pouvoir à un peuple asphyxié par une rigueur extrême, et de contourner l’autorité de Nicolas Sarkozy et d’Angela Merkel. Notre président ne saurait parader après cette initiative du gouvernement grec qui remet en cause les décisions prises lors du sommet européen du jeudi 27 octobre ; sa stratégie politicienne s’effondre. Comment utiliser un leadership international vanté à longueur d’allocutions télévisées, matraqué à coup de « il faut que les français comprennent », « là encore les français doivent comprendre » après ce coup de théâtre démocratique ?
Nicolas Sarkozy a donc misé sur l’amitié franco-américaine, et en particulier sur l’ombre d’Obamania qui plane encore sur le pays, dans le but de se refaire une place au soleil médiatique. Puisqu’il ne peut, du fait de son impopularité, voler la vedette au très populaire Président Américain, Nicolas Sarkozy va s’en servir. De l’existence d’une « coopération transfrontalière » forte avec les Etats-Unis à l’hommage rendu aux soldats américains et français qui se sont battus en Lybie au nom de la démocratie, en passant par son leadership au cours de la révolution qui a renversé le Colonel Kadhafi, M. Sarkozy rappelle ses exploits pour voiler son « échec Papandréou ». Le clou de cette mise en scène : une interview croisée avec Barack Obama, diffusée sur TF1 et France 2 au sortir du G20. Une première en France. Onze millions de personnes devant la télé.
Il a fallu assurer que le Président Obama ne pouvait composer sans lui. Que leurs rapports, du fait de leurs exploits partagés, étaient excellents. Le Président français s’est évertué à exposer leur camaraderie et même leur complicité. Il l’appelle par son prénom et lui offre des sourires amicaux, jusqu’à frôler la condescendance : « Barack voit bien maintenant comment ça fonctionne l’Europe ».
Sur la scène mondiale, la France est incontournable, Sarkozy est le président de la France, donc Sarkozy est incontournable.
Mais il faut préciser que la collaboration franco-américaine dans le cadre de cette interview ne sert pas que Nicolas Sarkozy ; c’est une win-win situation (un échange de bons procédés) qui permet au président américain de polir son image fissurée par les engagements qu’il n’a su tenir. Il n’a pas tenu sa promesse de fermer Guantánamo, faite pendant sa campagne pour les élections de 2008, et qui avait fait l’objet de son premier décret en tant que Président des Etats-Unis. En outre, il a récemment abandonné sa réforme historique de la sécurité sociale américaine qui avait divisé le pays, permettant aux Républicains de regagner en vigueur. C’est pourquoi la Maison Blanche a jugé nécessaire de revenir au cours du G20 sur la victoire en Lybie, victoire dont n’aurait pas assez tiré profit Obama. Plus que jamais, il s’agit pour le Président Américain, candidat déclaré à sa propre succession, de défendre ses initiatives. Après la faillite de Lehmann Brother il aura jugé essentiel d’accroître les missions et l’étendu du forum international qu’est le G20. « Nous nous sommes réunis à Pittsburgh et ensuite, lors du troisième G20 j’ai institutionnalisé ce forum ». Si le FMI de Mr Strauss-Kahn a eu le poids qu’on lui connaît pendant cette crise financière, c’est grâce à lui ; si les nations peuvent s’accorder sur une refonte du système financier qui s’amorce aujourd’hui, c’est grâce à sa détermination.
Barack Obama avait lui aussi intérêt à accorder une interview aux deux plus grands médias français. Tout comme Nicolas Sarkozy, il était en campagne. Cette interview croisée semble alors résulter d’un accord entre les deux chefs d’Etat candidats à leur propre succession, leur permettant de défendre leur bilan personnel tout en affichant leurs réussites communes. On l’aura compris, nos deux pays sont amis et marchent ensemble dans la même direction, mais vendredi soir, ce sont deux hommes qui avaient un but commun, leur réélection, que nous avons vu communiquer ensemble à la télévision pour convaincre leur électorat.
Le président français l’a lui-même assuré : « on travaille en équipe. »

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