Surfant sur la vague initiée par le controversé Cannibal Holocaust il y a plus de 30 ans, Chronicle s’approprie un concept plus que jamais à la mode et l’applique à un genre qui l’est tout autant, le film de super-héros.
Il semblerait que ce cinéma là fonctionne à l’envers dans son processus créatif, dans le sens où ici, la priorité n’est pas à l’histoire racontée, mais bien à la mise en scène d’un effet. Principalement axés autour des sensations fortes, les films issus de ce mouvement optent pour une approche foraine de l’image. Vivre une expérience à la première personne décuplerait les sensations en s’efforçant d’apporter une impression d’authenticité, une impression de “vécu sur l’instant”.
En conséquence, les genres explorés se cantonnent au registre sensationnel, du cinéma de genre (Blair Witch, REC, Paranormal Activity) au film catastrophe à grande échelle dans le Cloverfield de J.J Abrams. Certains metteurs en scène classiques, comme M.Night Shyamalan ont su tirer profit de cet effet en l’utilisant ponctuellement à des fins émotionnelles. Pensez à cette séquence dans Signs, virtuose, où Joachim Phoenix découvre son premier extra-terrestre derrière sa télé.
L’intérêt de ce nouveau grand 8 n’est jamais de surprendre le spectateur en lui racontant quelque chose de nouveau, mais bien de re-découvrir les classiques sous un nouvel angle. En outre, ce qu’on vous propose en suggestion du jour, c’est d’essayer de manger une tête de veau avec des baguettes chinoises.
Chronicle, c’est trois ados aux caractères très différents qui entrent en contact par accident avec un artefact extra-terrestre pendant une grosse beuverie lycéenne. Très vite, ils découvrent qu’ils peuvent bouger des objets par la pensée.
La première partie du film, comme dans n’importe quel bon comic-book, se concentre sur la découverte de ces nouveaux pouvoirs. Un enchaînement de séquences ludiques, dont le rendu amateur donne l’impression d’assister à un enchaînement de buzz sur internet. Rien de bien palpitant, mais le concept s’accorde suffisamment bien avec le sujet pour faire son petit effet.
Le coeur du film est de loin le plus intéressant et cela tient à une idée, brillante et plutôt bien exploitée dans le film, qui met la caméra au centre du récit et de la mise en scène. Andrew, l’ado sensible et névrosé du groupe, dont la présentation a de forts accents de réalisme social à la mords-moi le noeud, est le personnage/réalisateur. L’un des enjeux majeurs de ce cinéma fiction/réalité réside dans l’existence de la caméra à l’intérieur même de l’histoire, c’est à dire que toutes les images que l’on voit sont enregistrées par un appareil ayant une réalité physique, à l’instar des personnages. Jusque là, rien d’original, sauf que notre adolescent en manque d’égo va réussir, grâce à ses pouvoirs, à manipuler sa caméra par la pensée, à la faire virevolter au dessus de lui, à créer des mouvements sans aucune entrave physique. En plus d’offrir une fraîcheur incontestable aux images, cette idée développe des points passionnants sur le héros, sur le rapport à sa propre image, mais surtout sur le désir d’auto-mise en scène que sa toute puissance sollicite.
C’est là que le film s’effondre dans sa dernière partie, là où il aurait pu faire mouche. Le point culminant du récit où l’effet atteint ses limites, où le contrat qui tient le film sur des rails l’empêche de prendre son envol. Dans un affrontement final hyper mal filmé et affreusement monté, on sent que le réalisateur avait l’ambition de nous impressionner. A l’exception que la contrainte de justifier chaque image par la présence physique d’un appareil d’enregistrement le pousse à déployer des dizaines de points de vue disgracieux, des caméras embarquées dans les véhicules de police aux caméscopes de passants très sûrs d’eux, finissant d’emprisonner Chronicle dans sa propre toile.
On aurait rêvé d’un ultime effort d’adaptation de la part du jeune Josh Trank, qui aurait pu tirer partie une nouvelle fois de l’effet en nous laissant voir le jeune Andrew, dans sa mégalomanie grandissante, prendre à coeur ses désirs de super-méchant et prendre sa revanche sur une société qui ne s’est jamais intéressé à lui en déployant des trésors de mise en scène, en aspirant tous les moyens technologiques autour de lui afin de réaliser son propre film dans le film.
Après tout, c’est bien là la marque de tous les super-vilains, cette propension à contrarier le scénario, pour faire son propre cinéma.
What’s happening with the super heroes ?
Surfing on a wave initiated par the controversial Cannibal Holocaust lore than 30 years ago, Chronicle takes up a concept that is in style now more than ever, and applies it to a genre that is as much in style itself, that of the superhero movie.
It seems that this cinema works backwards in its creative procedure, in the sense that here, the priority is not given to the story telled, but to the staging of an effect.
Mainly axed around strong sensations, the movies coming from this movement build a funfair of images; living a first person experience multiplies sensations by bringing in a impression of authenticity, a feeling of “living it on the spot”
As a consequence, these films station in the sensational register of genre films (Blair With, REC, Paranormal Activity), to the large scale catastrophy film as in J.J Abrams’ Cloverfield. Some classic directors, such as M. Night Shyamalan, managed to take advantage of this effect by using it punctually for emotional ends. Remember that virtuous sequence in Signs, where Joachim Phoenix discovers his first alien behind his television.
The interest of this new rollercoaster is not to surprise the viewer by telling him something new, mais to re-disover classics under a new perspective. In other words, it’s like suggesting you today’s special dish, and asking you to eat veal’s head with chopsticks.
Chronicle is about three adolescents with very different characters that meddle by accident with an alien artefact during a highschool drinking session. They quickly discover they can telepathically move objects.
The first part of the film, as in any good comic book, focuses on the discovery of these new powers. A chain of fun sequences, whose amateur effect gives us the impression of assisting a series of buzzing videos on the internet. Nothing very thrilling, but the effect ties well enough with the subject.
The heart of the film is by far the most interesting thanks to a brilliant idea, rather well exploited, putting the camera in the middle of the story and the direction.
Andrew, the sensitive and neurotic teen of the groupe, whose portrait is brushed with big strikes of realism, is the character/director.
One of the major issues of this fiction/reality cinema stands in the existence of the camera in the center of the story, meaning that all images that we see are recorded by a machine that has its own physical reality, just like the characters. Nothing original till now, except that our teenager with low ego will succeed, thanks to his powers, to manipulate the camera with his mind, to make it twirl above him, creating movements defying the laws of gravity.
More than offering a fresh type of images, this idea develops fascinating points on the hero when it comes to his own image, but mostly on the desire of self-staging his power.
This is where the film crumbles in its last party, where it could’ve taken off. The high point of the story where the effect meets its limits, where the contract keeping the movie on its tracks binds it to the ground.
In a final confrontation which is very badly filmed and horribly edited, we feel that the direction’s ambiton was to impress us. Aside the difficulty to justify each image by the physical presence of a recording machine, pushing him to unravel thousands of disgraceful points of view, from the moving cameras in the police cars to the light cameras used by the passers-by, they all imprison Chronicle in its own web.
We would’ve dreamed of an ultimate adaptation effort by the young Josh Trank, who could’ve gotten out of it if he had let us see young Andrew, in his growing megalomania, personally take his super-villain desires and revenge on a society which never showed any interest in him, by unraveling treasures of staging, using the technology that surrounded him in order to create his own movie in the movie.
After all, this is the mark of all super villains; this propensity to go against the script in order to make their own cinema.