Detachment : “Pas la peine de nous faire un dessin !”

On ne s’intéressera pas trop aux manies prétentieuses du réalisateur Tony Kaye, qui se la joue bon élève en gavant son histoire de scènes parfaitement démonstratives, enchaînant micro-interviews indigestes et séquences stop-motion (animation image par image) sur un tableau de classe. Une belle générosité certes, qui fait bonne mine lorsqu’on s’attaque à tel sujet, mais force est de constater que le réalisateur d’American History X a besoin de faire bonne impression à ses profs, de multiplier bêtement les citations comme dans une mauvaise copie de philo. Peut-être est-ce un manque de confiance en sa matière première, une façon de nous jeter la poudre aux yeux, pour cacher l’impuissance de sa mise en scène à solliciter la moindre émotion ?

Et bien non, il y a bien une histoire à raconter derrière ces aigreurs stylistiques, celle d’Henry Barthes, professeur remplaçant récemment assigné dans un lycée craignos, en pleine banlieue new-yorkaise. Habitué à errer d’établissement en établissement, notre bel Adrien (plus corbeau solitaire que jamais) va vivre plusieurs bouleversements qui vont l’obliger à affronter ses propres tourments, sans envisager la fuite.

Le film n’a en fait rien d’original. Il raconte l’histoire d’Adrien Brody – poète typé romantique – dans un monde de fantômes et d’âmes perdues. En se mélangeant, ces quelques ingrédients nous envoûtent, une atmosphère délicieusement désespérée se crée à mesure que l’histoire avance. Dans cet univers grisonnant, on retient quelques visages, juste quelques-uns. On pourrait croire que tout le Monde est un petit peu mort dans cette école, la plupart des couloirs sont vides, les élèves et les professeurs peu nombreux. La nuit, les rues et les bus sont déserts. C’est alors une évidence, la réussite du film tient en partie dans son épure, dans sa capacité à suggérer sans montrer.

Detachment flirte avec l’indifférence quand il s’agit de filmer la rencontre entre deux personnes. Des dialogues bien peu inspirés et des enchaînements de temps faibles aplatissent chaque situation, comme si tout devait se situer au même niveau de neutralité, l’électrocardiogramme émotionnel à plat. Une raison valable de pardonner au réalisateur de perdre confiance en son propre film, de vouloir le remplir par tous les orifices pour le gonfler un peu.

Mais aussi surprenant que cela paraisse, une véritable beauté émane de ces personnages vides, qui prennent toute leur dimension dans les interactions sans passion qu’ils entretiennent. Le désespoir général, animant les profs comme les élèves, l’absence d’horizon possible pour chacun annihile toute la violence que promettait un tel sujet. Et c’est là où le film traumatise, qu’il va jusqu’au bout, consciemment ou non, dépeignant le système éducatif et les corps qui y enseignent comme une ruine hantée.

Quel dommage de conclure sur une énième illustration, ne faisant que mettre en évidence ce que le film avait naturellement réussi à faire passer entre les lignes. Ces travellings pompeux qui défilent dans les couloirs abandonnés du lycée, envahis de vieilles copies flottant au gré du vent.

Une vision apocalyptique bien moins bouleversante que les déambulations matinales de professeurs hagards.

Detachment: “We do not need a drawing of it !”

We shall not be too much interested  in the conceited manias of the director Tony Kaye, who plays the good student by filling up his story of perfectly demonstrative scenes, accumulating indigestible micro-interviews and stop motion sequences  on a class’ board. Certainly a beautiful generosity , which appears as a better and healthy look when we talk about that type of subject, but we have to admit that the director of American History needs approval from his teachers, to multiply silly quotations like  in a bad philosophy essay. Maybe it is due to a lack of confidence in its raw material, a way of blinding us, to hide the impotence of its direction to request from us the slightest emotion?

Well not really, indeed there is  a story to be told behind those stylistic sournesses, the ones of Henry Barthes, substitute teacher recently assigned in a risky high school, in a New York neighborhood. Used to roam from one establishment to another, our beautiful Adrien ( more solitary than ever) is going to live several upheavals which are going to push him to face his own agonies, without envisaging the make a run for it.

The movie has nothing original. It tells Adrien Brody’s story – romantic poet – in a world of ghosts and lost souls. By mixing those ingredients it puts a sort of spell on us, a charming atmosphere desperate to build itself up as the story that moves forward. In this greying universe, we remember some faces, just some of them. We could believe that everybody died a little bit in this school, most of the corridors are empty, the pupils and the few professors. The night, the streets and the buses are deserted. It is then an evidence, the success of the movie is partially in its capacity to be suggested without showing.

When it is a matter of filming the meeting between two characters, detachment flirts with indifference . Dialogues are not really inspired and there is weak sequences of movements of time that flatten every situation, as if everything had to be situated at the same level of neutrality, the non emotional electrocardiogram. A good reason to forgive the director for losing confidence in its own movie, for wanting to fill it by anything possible to make it look better.

What a shame to conclude on another one illustration, be only bringing to light what the movie had naturally managed to show between the lines. Those pompous travelling platforms which scroll in abandoned corridors of the high school, invaded by old copies floating with the wind.

An apocalyptic vision much less moving than the morning wanderings of wild professors.

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